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2 outils de prévention en périnatalité


La Préparation Affective à la Naissance et l'Accompagnement Affectif du Bébé pendant sa première année

2 précieux outils de prévention en périnatalité

LA PRÉPARATION AFFECTIVE À LA NAISSANCE

Le présent article est une adaptation d'une conférence donnée ici au Québec en octobre 1995 par madame Brigitte Dohmen, psychologue belge, formée en haptonomie et en psychanalyse à médiation corporelle.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de le publier ?

Parce que, depuis, madame Dohmen est venue régulièrement au Québec, avec son équipe, pour former des praticiennes en Préparation Affective à la Naissance et en Accompagnement Affectif du Bébé. Maintenant que ces services sont disponibles ici, il est temps de faire connaître aux professionnelles de la santé, ces approches qui sont des outils précieux de prévention tant pour l'enfant que pour la mère, le père et le couple.

La Préparation Affective à la Naissance, à l'instar de l'haptonomie dont elle intègre certains principes, reconnaît le bébé in utero comme un être affectif qui recherche le contact. C'est pourquoi elle propose des rencontres entre les deux parents et le bébé dès la 12e semaine de la grossesse. Ces rencontres permettent aux parents de mettre en place un toucher affectif, fait de présence et de tendresse, qui invite le bébé sans attente de performance. "Je vais à ta rencontre, je t'invite et je te laisse libre de ta réponse."

Le bébé in utero est avide de contacts affectifs. Quand le toucher est réellement dans le respect et l'affectif, le bébé, généralement, vient à la rencontre de la main qui l'invite. Mais si cette main n'est pas vraiment présente, le bébé ne répond pas. Tous les parents font spontanément le geste de mettre les mains sur le ventre de la femme enceinte et peuvent sentir la présence et les mouvements du bébé lorsque la grossesse est bien avancée. La Préparation Affective à la Naissance n'invente rien. Elle utilise simplement ce qui se fait déjà pour aller plus tôt plus loin : être dans la conscience qu'une véritable relation affective s'établit entre chacun des parents et le bébé. C'est très impressionnant de réaliser que le bébé différencie le toucher de sa mère de celui de son père et personnalise sa réponse en conséquence. Le bébé ne va pas forcément bouger de la même façon avec l'un et avec l'autre. C'est un moment très émouvant, surtout pour les pères, de se sentir ainsi reconnus par leur enfant.

Le bébé, par la qualité et la quantité de ses mouvements, peut manifester son état d'être. Un bébé qui est content n'a pas les mêmes mouvements qu'un bébé qui est irrité ou inquiet. Les parents apprennent à reconnaître les indices que le bébé leur donne de son désir de communiquer, apprennent à décoder son langage gestuel comme ils le feront après sa naissance avec les pleurs. Il y a donc un échange affectif et émotionnel entre les parents et le bébé qui se développe au fur et à mesure de la grossesse. Cette connaissance de leur bébé a permis à certains parents qui se retrouvaient dans une grossesse à risque de pouvoir sécuriser leur bébé malgré la situation. On a ainsi vu des grossesses arriver à terme grâce à ce dialogue malgré un pronostic médical plutôt pessimiste. Mais attention. Il ne s'agit pas de tomber dans le travers de la toute puissance et croire que l'on a là une solution miracle ou pire, une recette.

Pour le bébé, le fait d'établir ainsi contact avec lui in utero a un impact psychologique majeur sur son développement affectif. On lui envoie le message qu'on le reconnaît comme personne à part entière, ce qui  engendre chez lui un sentiment de sécurité de base. Sentiment de sécurité qui prendra tout son sens lors du travail de l'accouchement. Le fait de respecter sa liberté de répondre, s'il le désire et comme il le désire, fait qu'on le confirme comme un être autonome. On lui donne le droit d'être qui il est et non pas d'être le simple prolongement du désir de ses parents.

Pour le couple, la Préparation Affective à la Naissance lui permet de partager une expérience hautement affective. Les contacts établis favorisent l'attachement au bébé de la part des deux parents. C'est un attachement particulier parce que c'est un attachement fait aussi de détachement. Ce n'est pas un attachement fusionnel car le bébé est confirmé dans son individualité et sa liberté de répondre. C'est particulièrement flagrant dans les cas de grossesse multiple où les parents apprennent à bien identifier chacun de leurs bébés.

Les deux parents se  sentent aussi reconnus par leur bébé et c'est une expérience très émouvante. En fait ce que les parents font pour le bébé, le reconnaître comme personne, le bébé le fait aussi avec ses parents. C'est très touchant de se sentir reconnu par son bébé et de sentir que le bébé recherche notre contact. C'est un renforcement positif dans la qualité d'être parent et cela favorise l'attachement particulièrement dans les situations difficiles. Les parents qui sont en difficulté d'attachement ont souvent été des enfants qui n'ont pas été reconnus eux-mêmes. Donc ils ont de la difficulté à reconnaître leur enfant et à se reconnaître eux-même.

Cette démarche peut certes être confrontante si l'un des deux ou les deux parents ne sont pas prêts à s'impliquer. Mais cela peut aussi permettre au couple de mettre à jour et de travailler certains enjeux de leur relation avant l'arrivée de l'enfant.

Pour la mère, la Préparation Affective à la Naissance lui apprend à exprimer son affectivité dans son corps, à la fois dans sa relation au bébé et à  son compagnon. La maman apprend à entrer dans l'attachement sans être en fusion parce qu'elle est face à la réalité que l'enfant a déjà une personnalité bien à lui, qu'il fonctionne à un autre rythme que le sien et elle apprend à partager le bébé avec le père. Ce qui n'est pas toujours évident pour certaines femmes. Elle apprend aussi  à laisser plus de place à son bébé dans son ventre. Car avec cette approche, ce qui est impressionnant, c'est la modification du tonus et de l'élasticité de la musculature. La musculature reste très tonique, contrairement aux états de relaxation, mais elle devient extrêmement élastique. Quand il y a contact affectif avec le bébé, la forme du ventre change et il y a beaucoup plus de place pour le bébé. La maman apprend aussi à porter son bébé de façon plus confortable. Elle apprend à le placer dans son centre de gravité et à le porter dans sa base. Cela est plus confortable et pour elle et pour le bébé.

Pour le père, c'est une démarche extrêmement importante parce qu'il a une place réelle, non seulement auprès de sa partenaire, mais aussi auprès de son enfant et cela beaucoup plus tôt dans la grossesse. Il se sent reconnu par son bébé. Il a un contact très concret avec lui. Il peut participer beaucoup plus activement à la grossesse. Il est généralement beaucoup plus motivé à s'investir auprès de l'enfant après la naissance. Cette place qu'il a pendant la grossesse, il veut la conserver une fois le bébé né.

À l'accouchement, les parents qui sont eux-mêmes en relation affective entre eux,  peuvent plus facilement maintenir le contact affectif avec leur bébé pendant toute la durée du travail et guider leur bébé dans ses mouvements de naissance. Le père est une personne pivot parce qu'il est là pour sécuriser et sa compagne et son bébé. Il les accompagne tous les deux dans cette épreuve qu'ils traversent ensemble. Le papa, en se mettant derrière la mère, prend sa femme et son bébé dans ses bras. Il peut alors les accompagner et les sécuriser à travers sa présence toute faite de tendresse et son toucher affectif. Il sent les contractions arriver et partir. Il sent la descente et les mouvements de son bébé. Il peut guider son bébé dans son chemin de naissance. Il est un partenaire actif. Certains disent d'ailleurs qu'ils ont l'impression d'avoir accouché.

La mère, tout au long de cette préparation, apprend à développer sa capacité à accoucher. Elle apprend à modifier sa capacité à réagir à la douleur en développant une attitude d'ouverture avec son partenaire et son bébé. Elle ne subit pas son accouchement. Elle le vit de l'intérieur, pleinement en relation avec son bébé qu'elle guide consciemment vers la sortie. La mère apprend aussi une poussée non pas en force mais toujours dans cette écoute de ses sensations et de son instinct sans couper le contact avec son bébé.
Dans cette approche la maman prend son accouchement en mains. C'est possible aussi et surtout parce qu'elle est accompagnée de son compagnon, éventuellement aussi par la praticienne qui les a guidés tout au long de la préparation. Toute personne qui est accompagnée dans une épreuve avec une réelle présence, développe sa capacité à se dépasser et à traverser la situation en allant puiser à l'intérieur d'elle les ressources pour faire face. Les professionnels de la santé sont là pour assurer la sécurité. Mais si tout se passe normalement, ils n'interviennent pas et c'est le couple qui met son bébé au monde.
L'accouchement cesse d'être une expérience de solitude pour le bébé, la mère et le père.

Pour le bébé, la Préparation Affective à la Naissance transforme l'expérience de traumatisme qu'est la naissance. Psychologiquement, c'est très angoissant de venir au monde. Le passage est étroit, le bébé est comprimé, les contractions le bousculent et il doit subir un certain nombre de modifications importantes. C'est aussi physiquement très exigent. Souvent l'enfant est complètement laissé à lui-même et c'est encore pire quand il y a une épidurale. Ou bien la maman est accaparée par la douleur ou bien elle ne sent plus la douleur. Dans les deux cas le risque est le même : ne pas être en relation avec le bébé. L'accompagnement affectif par les parents vient changer cette situation de deux façons. D'abord cela sécurise le bébé, ça le soutient dans son expérience. Il n'est plus seul. Ensuite un bébé accompagné est beaucoup plus actif dans ses mouvements de naissance. Le bébé prend sa naissance en charge, il se fait naître.

L'accouchement vécu de cette façon est une expérience d'amour. À sa naissance le bébé est accueilli par ses parents avec présence et tendresse. À travers ce contact, les parents font sentir au bébé qu'il est accueilli dans un monde d'affectivité et ils le confirment dans sa sécurité intérieure. Ensuite le papa, en prenant son bébé, marque le premier détachement pour ensuite le remettre en position d'attachement dans les bras de la maman. Cela permet d'imprimer dans le corps et l'affectivité de l'enfant l'accompagnement qu'ils ont choisi de lui donner par la suite après sa naissance.
On observe que ces enfants sont généralement très paisibles au moment de leur naissance. Ce sont des enfants détendus physiquement et psychologiquement. Ils sont très ouverts physiquement et ont peu  ou pas d'attitude de repli sur eux-mêmes après la naissance. Ils sont ouverts au monde et n'ont pas peur.
Ce sont des bébés curieux du monde extérieur. Ils ouvrent très vite les yeux à la naissance. Ils sont présents dans le contact par le regard.
Ce sont des bébés qui s'affirment très fort. Ils sont plus toniques, plus actifs au niveau de leur motricité. Ils semblent présenter une maturation neurologique plus grande. Cela se remarque notamment chez les prématurés. Ce sont des nouveaux-nés qui peuvent avoir des périodes d'éveil très longues en journée sans manifester de signe de fatigue. Ce sont des enfants qui ont de grandes facultés d'adaptation. Ils ont une grande présence et sont très ouverts à rencontrer les autres. Ils n'ont pas peur.

L'ACCOMPAGNEMENT AFFECTIF DU BÉBÉ PENDANT SA PREMIÈRE ANNÉE

Après la naissance l'accompagnement se poursuit pour apprendre à mieux guider son bébé en étant davantage à l'écoute de ses deux grands besoins. Des besoins de sécurité, de dépendance, d'être pris en charge, qu'on s'occupe de lui, qu'on fasse des choses à sa place. Des besoins d'autonomie, c'est-à-dire de découvrir et de développer son potentiel, de faire des choses par lui-même. Ces besoins étaient présents in utero mais prennent encore davantage leur place après la naissance. Et chacun de ces besoins est aussi important que l'autre.

Or dans notre société nous avons tendance à décourager la satisfaction des besoins de dépendance sous prétexte que cela peut gâter l'enfant. On met le bébé dans un berceau ou un siège et quand les mamans l'ont trop souvent dans les bras ou qu'elles dorment avec leur bébé, on leur fait des reproches et on leur dit qu'elles vont rendre leur enfant capricieux. En agissant de la sorte on prend pour acquis que le bébé, dès sa naissance, est capable d'une grande autonomie affective. On croit que le bébé peut rester sans contact 20 heures sur 24. Cela n'est pas conforme à la réalité de son développement affectif. Le bébé a vraiment besoin de contact et de contact affectif. Ce n'est pas par hasard que, dans les cultures traditionnelles, le bébé  est porté pendant un an contre le corps des parents, rendant ce sevrage plus progressif. Le bébé a des besoins de dépendance beaucoup plus importants que ce l'on est porté à considérer dans notre culture.
Par ailleurs, sur le plan de la motricité, tant que le bébé ne se déplace pas, on considère qu'il ne sait rien faire et qu'il faut tout faire à sa place, ce qui est tout aussi faux. Du coup, on ne lui permet pas de découvrir son potentiel.

Les besoins de dépendance et d'autonomie sont aussi importants l'un que l'autre. Dans l'Accompagnement Affectif du Bébé, les parents apprennent à porter leur bébé, à certains moments, tourné vers le monde extérieur, et à d'autres, tourné vers eux. Et c'est le bébé qui indique ce dont il a besoin et à quel moment. C'est à partir de l'observation de leur bébé que les parents vont choisir là de le prendre en dépendance,  là de lui laisser son autonomie en le guidant. C'est le bébé qui va montrer ce dont il a besoin, parce qu'au début, les bébés montrent toujours. Ce n'est que si on ne tient pas compte à répétition de ce que le bébé montre, que le bébé arrête de montrer.

Au fur et à mesure où le bébé développe son autonomie, on aura moins besoin de le prendre en dépendance, mais on aura encore à le faire à certains moments. Nous, comme adultes, nous avons aussi besoin de régresser à certains moments pour pouvoir rester adultes aux autres moments. Cela reste valable pour toute la vie. Lors de cet accompagnement après la naissance, nous essayons de développer chez les parents cette philosophie à travers de petits jeux psychomoteurs qui leur permettent de guider le bébé dans l'acquisition de son autonomie psychomotrice. Par exemple, quand le bébé cherche à s'asseoir. À partir de l'observation de ce que fait le bébé, les parents essaient de comprendre ce qu'il cherche à mettre en place comme mouvement et alors ils vont le guider dans la poursuite de ce mouvement. Donc ils n'imposent pas un mouvement de l'extérieur, mais ils guident le mouvement spontané de leur bébé en amenant chez lui la prise de conscience de ce qu'il peut faire.

C'est très important de tenir compte de ces deux axes, dépendance et autonomie, parce que c'est ce qui permet de développer la sécurité de base du bébé. En effet, quand un enfant est capricieux ou difficile, c'est soit parce qu'on n'a pas respecté ses besoins de sécurité, et donc il est angoissé, soit parce qu'on n'a pas respecté ses besoins d'autonomie, et il est dépendant.

Dans l'Accompagnement Affectif, on développe le potentiel du bébé à partir de ses compétences. C'est-à-dire que le bébé n'est jamais en échec. C'est à partir de ce qu'il cherche à faire ou de ce qu'il fait que je vais le guider. Je ne lui impose pas les choses qu'il ne sait pas faire ou qui ne l'intéressent pas. Là où il en est dans son exploration, je vais lui donner un petit coup de pouce  pour lui donner la conscience d'une possibilité autre. Je ne fais pas les choses à sa place. Je fais simplement le guider, lui montrer une possibilité nouvelle. Ainsi un enfant qui est à plat ventre et qui est attiré vers un objet devant lui vers lequel il cherche à se traîner. Je vais simplement déposer mes mains sur ses pieds pour lui donner à la fois un appui avec lequel il pourra faire l'expérience de se pousser pour avancer mais aussi pour l'aider à prendre conscience de cette partie de son corps. Un peu comme si je lui disais : " YouHou! Tu as cette partie-là, tes pieds, que tu peux utiliser ".
Les parents vont toujours respecter le rythme de leur enfant et rester dans une invitation affective lorsqu'ils lui proposent des choses. L'idée c'est vraiment d'accompagner le bébé dans son développement en lui ouvrant le champ des possibilités dans les explorations que lui a entreprises. Cet accompagnement, loin d'amener l'enfant dans la performance, a pour objectif de lui donner une sécurité de base et une confiance en lui. Cet accompagnement est particulièrement important chez les enfants qui ont  développé une peur de se faire mal. Dans une culture où l'on met de moins en moins les bébés sur le ventre, où on les garde assis  très longtemps, les enfants peuvent davantage hésiter à se risquer à passer de la position assise à celle sur le ventre. Les guider dans l'exploration du mouvement les aide alors à dépasser leur peur, à dépasser leur seuil d'incompétence et à retrouver le plaisir de bouger en découvrant tout un champ de possibilités ouvert par la nouvelle mobilité acquise.

Pour un certain nombre de ces enfants ainsi accompagnés, si les parents sont arrivés à respecter les besoins de dépendance et d'autonomie, ces enfants deviennent des êtres magnifiques. Ils sont rayonnants, très présents à eux-mêmes. Ils savent très bien ce qu'ils veulent. Ils sont très respectueux des autres et ouverts à la rencontre. Ces personnes n'ont plus besoin de rentrer dans des rapports de pouvoir avec les autres parce qu'ils sont sécures, conscients d'eux-mêmes. Ils n'ont pas besoin d'en imposer aux autres pour se prouver leur valeur.

La Préparation Affective à la Naissance et l'Accompagnement Affectif du Bébé pendant sa première année sont ainsi deux outils importants de prévention et de mise au monde d'êtres humains épanouis.

Il est important que les professionnelles de la santé connaissent l'existence de ces deux approches non seulement pour mieux comprendre ce que vivent les parents qui l'utilisent mais aussi pour la faire connaître dans la conscience qu'elle favorise un meilleur épanouissement de tous les membres de la famille.

Les propos de Brigitte Dohmen ont été recueillis par :

Louise Lettre
Psychologue
Praticienne en Préparation Affective à la Naissance
Praticienne en Accompagnement Affectif du Bébé
Secrétaire de l'Association pour la Préparation Affective à la Naissance
Au Québec, l'Association pour la Préparation Affective à la Naissance existe maintenant depuis 2002. Pour en savoir plus sur les praticiennes, le programme de formation, avoir accès à des témoignages de parents ou à des informations complémentaires, vous pouvez consulter le site Web : www.naissanceaffective.com ou téléphoner au secrétariat au 1-866-334-2323.

Octobre 2007