Le portage est une pratique ancestrale qui consiste à porter son bébé contre soi dans les situations de la vie courante. Les techniques de portage varient à l'infini mais encore aujourd'hui la plupart des bébés dans le monde sont portés presque à longueur de journée par les mères de tous les pays non industrialisés.
Concernant le portage, on pourrait presque reprendre mot pour mot ce qu'on dit de l'allaitement.
Comme l'allaitement, le portage a assuré depuis les débuts de l'humanité à la fois la survie physique des petits d'homme (le contact permanent avec la mère les protégeaient des bêtes féroces) et leur développement psychique (c'est ce contact permanent qui a permis l'apprentissage, la transmission des connaissances et par conséquent, l'émergence de la civilisation).
Comme l'allaitement, le portage a connu un regain de faveur à l'occasion du " retour à la nature " des années 70. Alors qu'il était considéré auparavant comme une pratique de " sous-développés ", on a revu dans nos rues des " bébés kangourous " sur le ventre de leur mère ou de leur père. Mais, tout comme l'allaitement prolongé, le " portage prolongé " est rare chez nous : quand il dépasse quelques semaines et quelques kilos, le bébé se retrouve généralement en poussette au niveau des pots d'échappement…
Comme l'allaitement, le portage est hors commerce. Mis à part l'achat du porte-bébé (et encore, on peut très bien le fabriquer soi-même), porter ne coûte rien, alors que toute la puériculture moderne vise à persuader les nouveaux parents qu'ils ont besoin d'acheter tout un matériel coûteux et encombrant.
Comme l'allaitement, le portage est un art d'imitation. Rien ne vaut de voir une mère porter son bébé pour avoir envie d'en faire autant ... Et les enfants qui ont été portés et/ou qui voient leur mère porter un bébé, ont envie eux aussi de porter leurs poupées ou nounours dans un porte-bébé plus ou moins improvisé (un torchon peut faire l'affaire !).
Le portage intensif est le meilleur moyen (surtout s'il est associé au sommeil partagé) de maintenir un contact physique étroit quasi permanent. Ses bénéfices sont à la fois physiologiques et psychologiques, comme le montre le rapport qui est de plus en plus souvent établi entre l'insuffisance de stimulations tactiles dans la toute petite enfance et la survenue de maladies de peau, d'asthme mais aussi de la maladie mentale qu'est la schizophrénie.
Quelques raisons de porter son bébé :
Le sens du toucher est le premier à se développer chez l'humain. C'est à travers sa peau, qui est de loin l'organe sensitif le plus développé à la naissance, que l'enfant met le monde à portée de sa main, au sens propre du terme. À travers la preuve tangible du corps de sa mère, il va prendre conscience de son propre corps. Ce sera son premier rapport aux choses extérieures. (Il se croit au départ faire partie intégrante du corps de sa mère.)
À l'hôpital Bellevue de New-York, le taux de mortalité infantile des enfants de moins d'un an passa de 30-35 % à moins de 10 % en 1938 après que l'on ait institué un régime de soins maternels incluant portage, maternage, prise dans les bras.
De plus, d'un point de vue physiologique, le bercement induit par le portage provoque une stimulation cellulaire et viscérale générale. Le fonctionnement des voies gastro-intestinales est facilité par le balancement, ce qui permet une meilleure digestion et un soulagement rapide des épisodes de colique.
Raisons physiologiques :
L'enfant souvent porté aura un meilleur développement de son sens du rythme et de son sens de l'équilibre. Son développement global et sa croissance seraient aussi améliorés. Si l'enfant a trop chaud, le bercer le rafraîchira, s'il a trop froid, le contact associé au bercement lui permettra de se réchauffer. S'il est énervé, l'effet hypnotique du balancement calmera son système nerveux. S'il est fatigué, il s'endormira en toute sérénité, bercé par le mouvement et rassuré par le contact qu'il continue de ressentir tout en dormant. S'il a faim, il pourra même parfois téter facilement le sein de sa mère qui peut alors satisfaire tous les besoins de son bébé en toute simplicité.
L'écartement des cuisses est aussi excellent pour les enfants. Les problèmes de hanche sont d'ailleurs plus fréquents dans les sociétés qui utilisent la poussette intensivement que dans celles où l'on porte les bébés à longueur de journée. Lorsque l'enfant est à califourchon sur la hanche, les jambes ne sont pas fixes. Elles bougent à chaque pas du porteur, ainsi qu'à chaque mouvement de l'enfant. Ceci favoriserait encore plus une bonne évolution de la hanche de l'enfant.
D'un point de vue psychologique et psychoaffectif, le portage permet de maintenir un contact plus important avec la mère ou le père, qui sont une source d'éveil pour l'enfant lorsqu'il est éveillé.
Se trouvant à hauteur d'homme, il peut observer, en toute sécurité, toutes les attitudes et tous les gestes de son porteur, dont il apprend énormément puisque c'est par l'observation et l'imitation que nous apprenons tous. À ce titre, le portage intensif permet sans doute une meilleure adaptation sociale future et un meilleur développement de l'intelligence.
Lorsqu'il est fatigué, le portage permet l'endormissement en maintenant le contact physique, ce qui est rassurant pour l'enfant. En effet, jusqu'à ses 8 mois environ, le bébé se croit une partie de sa mère et ressent la séparation comme une perte de lui-même, une fracture, voire une chute sans fin dans l'abîme...
Raisons psychologiques :
Le plus évident, qui crève les yeux (ou plutôt qui ne crève pas les oreilles !), c'est que les enfants portés crient moins que les autres. Non pas tant que leurs pleurs soient calmés par le portage (quoique cela arrive) que parce qu'ils n'ont pas besoin de pleurer : le contact étroit avec l'adulte fait que ce dernier est tout de suite averti des besoins du bébé et peut les satisfaire sans attendre.
Une étude parue dans Pediatrics en 1996 a confirmé cette évidence : chez la centaine d'enfants observés, le portage réduisait les pleurs et l'agitation de 43 % le jour et 51 % la nuit.
Le portage facilite l'attachement parents/enfant. Une expérience relatée dans le Lancet en 1987 va dans ce sens. Le portage renforce le sentiment de compétence et de confiance en soi des parents, qui savent qu'ils ont un moyen sûr de satisfaire les besoins de leur bébé (c'est particulièrement important dans le cas de bébés à coliques, de bébés aux besoins intenses). Un moyen qui par-dessus le marché leur permet de continuer à vaquer à leurs occupations et à s'occuper d'autres enfants.
Les bienfaits du portage :
Les bébés portés reçoivent beaucoup plus de stimuli que ceux qu'on laisse tous seuls des heures dans leur chambre. Ils participent à toutes les activités de la maisonnée, " à hauteur d'homme ", tout en étant sécurisés par le contact. Ce qui permet un éveil harmonieux en rapport avec la réalité, une véritable implication au sein du monde et un développement riche et subtil de tous les sens.
Le bercement du portage stimule le système nerveux immature du bébé (3) en particulier le système vestibulaire (sens de l'équilibre). Les bébés qui sont beaucoup portés développent un bon tonus du cou et du tronc, et une capacité d'adaptation aux changements de position. Ils ont en moyenne un développement psychomoteur plus rapide et plus harmonieux, et souvent, contrairement à ce qu'on pourrait penser, ils marchent plus tôt (c'est frappant chez les petits africains). Les avantages du portage sont particulièrement nets pour les bébés prématurés (c'est d'ailleurs là qu'on trouve le plus d'études). Pour ces enfants nés à un âge où ils devraient être encore enveloppés par la matrice, le portage, que certains ont appelé " a womb with a view " (" matrice avec vue "), va prolonger la gestation trop tôt interrompue.
C'est l'expérience des " bébés kangourous " colombiens , reprise dans certains centres de néo-natologie européens et américains : le bébé, seulement vêtu d'une couche, est placé à la verticale peau à peau sur la poitrine de sa mère ou de son père, et ce en continu. Toutes les études ont confirmé que chez les bébés ainsi traités, le sommeil est plus profond, les pleurs plus rares, l'énergie mieux conservée, l'allaitement et l'attachement parents/enfant facilités, la prise de poids plus rapide, les infections plus rares.
En résumé, on peut dire ceci :
Le nourrisson et le petit enfant, grâce à une éducation pleine d'amour et à un sentiment de sécurité assuré, peuvent élaborer une confiance primitive. Ceci permettant aux connexions neurologiques de se faire le mieux possible. Ils bénéficient alors des meilleures bases pour pouvoir, plus tard, apporter à leurs semblables acceptation, tolérance et amour.